Kathryn Bigelow • 2013 • 2h37 • avec Jason Clarke, Mark Strong, Kyle Chandler, Jennifer Ehle, Jessica Chastain, Jeremy Strong.
Après les attentats du 11 septembre 2001, une poignée d'hommes et de femmes du renseignement américain mettent tout en oeuvre pour débusquer et neutraliser Oussama Ben Laden, devenu l'ennemi public numéro un. En 2003, Maya, jeune agent fraîchement recrutée par la CIA, est dépêchée au Pakistan, où elle collabore étroitement avec des agents spécialisés qui n'hésitent pas à recourir à la torture. La traque, menée dans le plus grand secret, s'avère longue, difficile et hasardeuse. Certains agents commencent à se décourager. Ce n'est qu'en 2011 que des renseignements permettent de localiser Oussama Ben Laden, retranché dans une maison fortifiée dans le Nord du Pakistan...
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Elle est d’abord spectatrice silencieuse d’une scène pas belle à voir : la torture d’un détenu, membre d’al-Qaida. Cette femme qui n’en mène pas large, c’est Maya (Jessica Chastain), agent de la CIA. Sa mission : trouver où se planque Oussama Ben Laden… L’interrogatoire, la torture : Kathryn Bigelow n’escamote rien. Oui, la CIA a torturé. Et, oui, c’est horrible — dans ces scènes, on souffre avec le détenu et il n’est nullement question de défendre la torture. D’autant qu’elle n’est pas capitale : ce qui permet de localiser Ben Laden tient à un faisceau d’aveux et d’indices, d’âpres négociations et des bakchichs.
Du pur cinéma, captivant, soutenu par un vrai travail journalistique (Mark Boal), c’est assez rare. Les deux se combinent dans ce jeu de piste entre Afghanistan, Pakistan et Washington. Jusqu’à l’assaut final de la maison fortifiée, dans la banlieue d’Islamabad. Tout, alors, impressionne visuellement, à la fois hyperréaliste et abstrait. L’héroïne participe à l’action, mais c’est le plus souvent en femme de l’ombre qu’on la voit, scotchée à son ordinateur, enfermée dans son obsession. Jessica Chastain donne à ce double probable de la cinéaste une beauté impénétrable, un mélange de force et de vulnérabilité.
TÉLÉRAMA • Par Jacques MORICE • Publié le 30 septembre 2020.