
3 Aventures de Brooke
2019
•
Adventure / Fantasy
•
1h40
Serge Boucon rated 9/10
https://www.lemonde.fr/culture/article/2020/01/15/3-aventures-de-brooke-une-lecon-de-choses-sur-le-fil-du-hasard_6025909_3246.html L’AVIS DU « MONDE » - À NE PAS MANQUER Alors que bon nombre d’auteurs débutants cherchent à frapper fort ou à en mettre plein la vue, le premier long-métrage de la réalisatrice et monteuse chinoise Yuan Qing, précédé d’un beau parcours en festivals, se signale au contraire par sa partition discrètement sophistiquée, empreinte de simplicité et de légèreté. Tourné au nord de la Malaisie, le film ne semble d’abord rien de plus que la somme d’une poignée de personnages, dont il orchestre les chassés-croisés, et des lieux sereinement enchanteurs où il se déroule. Xingxi (Xu Fangyi), dite « Brooke », étudiante en goguette, visite seule la petite villégiature péninsulaire et indolente d’Alor Setar, où vit une importante communauté chinoise, et dont le nom résonne avec le sien (ils signifient tous deux « ruisseau étoilé »). Autour d’elle, le récit se décline en trois histoires qui partent toutes du même postulat : alors que l’héroïne se promène à vélo sur un sentier bucolique, une crevaison entraîne à chaque fois une rencontre différente. D’abord celle d’Ailing (incarnée par l’actrice Ribbon), une fille du coin avec laquelle elle se lie d’amitié. Puis celle d’un dynamique trio de conseillers municipaux déterminés à rénover le quartier historique de la ville. Enfin, celle d’un écrivain français en panne d’inspiration (Pascal Greggory). Une écriture dépouillée, ciselée Chaque « aventure » se présente à la fois comme une variation sur le motif de la vacance hasardeuse, et comme un nouveau parcours dans la ville, qui se dévoile toujours plus avant, avec ses échoppes décrépies, son restaurant aux peintures tournantes, son temple suspendu, son parc aux singes et ses figures familières. La virtualité des épisodes est donc contrebalancée par une forme de continuité, celle de la géographie qui se dessine progressivement – une géographie aussi bien locale qu’intime, puisque c’est aussi la personnalité assombrie de Xingxi qui se révèle au fil de l’exploration. Chaque rencontre prend enfin la tournure d’une « leçon de choses », teintée d’ironie ou de mélancolie, sur les rapports incertains qui nouent les individus au monde alentour. On ne manquera pas de noter une affinité certaine entre cette écriture dépouillée, ciselée mais ouverte au hasard, et l’œuvre du Français Eric Rohmer (1920-2010), qui tient lieu ici de référence explicite. Pour autant, 3 aventures de Brooke ne saurait se réduire à un simple exercice d’admiration. Yuan Qing filme la déambulation de son héroïne dans une gamme de lumières et de couleurs qui dénotent une sensibilité particulière, aussi chatoyante que doucement désabusée. Le verdoiement intense des rizières, le rougeoiement des rues éclairées aux néons, les miroitements infinis de l’océan, tracent un parcours plastique qui culmine à la toute fin du film, quand un phénomène naturel coloré se produit sous le regard émerveillé des personnages. Ainsi existe-t-il une quatrième aventure de Brooke, transcendante aux trois autres : celle de la beauté intrinsèque du monde qui s’ouvre au-devant d’elle, dans toutes ses dimensions. Film chinois de Yuan Qing. Avec Xu Fangyi, Pascal Greggory, Ribbon, Kam Kai Kee (1 h 40).
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Public Opinion
3 reviews
9.0/10
3.3/5
Press2.7/5
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Synopsis
Xingxi travels alone to Alor Setar, a town in Northern Malaysia. As a consequence of a blown tire, she experiences three variant adventures. She introduces herself to people using different identities with mysterious secrets. In return, what the journey brings her is thoroughly unexpected. In the first adventure, Brooke is a traveler; in the second adventure, Brooke is an anthropologist; in the third, Brooke is a divorcée. She is a disheartened woman who comes across a French writer named Pierre. The two lonely travelers become instant friends. Their age gap enables them to have their respective insights into life and death. Meanwhile, it is not until the enigmatic side of Alor Setar begins to unfold that Brooke tells Pierre the true reason why she has come. They seek to understand the interaction between love and life. As the story comes to an end, mother nature shows her beauty with the magical Blue Tears phenomenon on prominent display.
Reviews and Comments
1 reviewshttps://www.lemonde.fr/culture/article/2020/01/15/3-aventures-de-brooke-une-lecon-de-choses-sur-le-fil-du-hasard_6025909_3246.html L’AVIS DU « MONDE » - À NE PAS MANQUER Alors que bon nombre d’auteurs débutants cherchent à frapper fort ou à en mettre plein la vue, le premier long-métrage de la réalisatrice et monteuse chinoise Yuan Qing, précédé d’un beau parcours en festivals, se signale au contraire par sa partition discrètement sophistiquée, empreinte de simplicité et de légèreté. Tourné au nord de la Malaisie, le film ne semble d’abord rien de plus que la somme d’une poignée de personnages, dont il orchestre les chassés-croisés, et des lieux sereinement enchanteurs où il se déroule. Xingxi (Xu Fangyi), dite « Brooke », étudiante en goguette, visite seule la petite villégiature péninsulaire et indolente d’Alor Setar, où vit une importante communauté chinoise, et dont le nom résonne avec le sien (ils signifient tous deux « ruisseau étoilé »). Autour d’elle, le récit se décline en trois histoires qui partent toutes du même postulat : alors que l’héroïne se promène à vélo sur un sentier bucolique, une crevaison entraîne à chaque fois une rencontre différente. D’abord celle d’Ailing (incarnée par l’actrice Ribbon), une fille du coin avec laquelle elle se lie d’amitié. Puis celle d’un dynamique trio de conseillers municipaux déterminés à rénover le quartier historique de la ville. Enfin, celle d’un écrivain français en panne d’inspiration (Pascal Greggory). Une écriture dépouillée, ciselée Chaque « aventure » se présente à la fois comme une variation sur le motif de la vacance hasardeuse, et comme un nouveau parcours dans la ville, qui se dévoile toujours plus avant, avec ses échoppes décrépies, son restaurant aux peintures tournantes, son temple suspendu, son parc aux singes et ses figures familières. La virtualité des épisodes est donc contrebalancée par une forme de continuité, celle de la géographie qui se dessine progressivement – une géographie aussi bien locale qu’intime, puisque c’est aussi la personnalité assombrie de Xingxi qui se révèle au fil de l’exploration. Chaque rencontre prend enfin la tournure d’une « leçon de choses », teintée d’ironie ou de mélancolie, sur les rapports incertains qui nouent les individus au monde alentour. On ne manquera pas de noter une affinité certaine entre cette écriture dépouillée, ciselée mais ouverte au hasard, et l’œuvre du Français Eric Rohmer (1920-2010), qui tient lieu ici de référence explicite. Pour autant, 3 aventures de Brooke ne saurait se réduire à un simple exercice d’admiration. Yuan Qing filme la déambulation de son héroïne dans une gamme de lumières et de couleurs qui dénotent une sensibilité particulière, aussi chatoyante que doucement désabusée. Le verdoiement intense des rizières, le rougeoiement des rues éclairées aux néons, les miroitements infinis de l’océan, tracent un parcours plastique qui culmine à la toute fin du film, quand un phénomène naturel coloré se produit sous le regard émerveillé des personnages. Ainsi existe-t-il une quatrième aventure de Brooke, transcendante aux trois autres : celle de la beauté intrinsèque du monde qui s’ouvre au-devant d’elle, dans toutes ses dimensions. Film chinois de Yuan Qing. Avec Xu Fangyi, Pascal Greggory, Ribbon, Kam Kai Kee (1 h 40).